
La bibliothèque Inguimbertine forme avec les musées de Carpentras une seule et même institution culturelle, fondée en 1745 par Dom Malachie d’Inguimbert, évêque de Carpentras (1683-1757). L’origine des collections bibliographique et muséographique est la même : ce sont les manuscrits rares et enluminés, les imprimés précieux et richement reliés, les monnaies, médailles et sceaux, les dessins et estampes, les antiques, les tableaux et objets d’art réunis par ce prélat durant les vingt-six années qu’il a passées en Italie et, notamment à Rome où il était bibliothécaire et confesseur de Clément XII. Lors de sa nomination au siège épiscopal de Carpentras en 1735, monseigneur d’Inguimbert a emporté avec lui ses collections. Au fil du temps, il les a complétées grâce à plusieurs acquisitions et, enfin, les a installées dans un édifice jouxtant le palais épiscopal. Sa décision d’en faire une fondation accessible au public a sauvé l’institution lors de la Révolution.
Au cours des XIXe et XXe siècles, de nombreux donateurs ont contribué à son enrichissement (œuvres d’art, pièces archéologiques et lapidaires, ouvrages remarquables, correspondances, instruments de musique et partitions). Parmi ces généreux Carpentrassiens - érudits ou artistes – citons, plus particulièrement, Casimir Barjavel, Denis Bonnet, Jules et Bonaventure Laurens, Joseph Eysseric, Joseph-Casimir Pascal, le comte de Sobirats, Isidore Moricelly, Robert et Maurice Caillet. En 1847, la totalité des collections a été transférée dans un hôtel particulier acheté par la ville et agrandi pour des raisons de place de 1872 à 1887. La corrélation entre le patrimoine écrit et le patrimoine muséal est telle que les collections n’ont pas été scindées comme cela a pu se produire ailleurs. Cette réunion d’ensembles cohérents et complémentaires d’œuvres et de documents patrimoniaux offre un intérêt inestimable.
Aujourd’hui, cet établissement complexe comprend une bibliothèque de lecture publique, des fonds patrimoniaux de renommée internationale, les archives municipales anciennes et quatre collections muséographiques : beaux-arts (musée Duplessis), arts décoratifs (musée Sobirats), archéologie (musée lapidaire et archéologique), arts et traditions populaires (musée Comtadin). La présentation de ces collections muséographiques dans des lieux distincts a progressivement incité à parler de musées au pluriel bien qu’ils ne constituent juridiquement avec la bibliothèque qu’un seul service municipal. Chacune de ces collections a reçu, en vertu de la loi du 4 janvier 2002, l’appellation de « musée de France ». En outre, en raison de la qualité exceptionnelle de ses fonds, la bibliothèque Inguimbertine a été classée le 5 juillet 1974. Ce statut hybride d’une bibliothèque-musée est désormais presque unique en France. L’ensemble est dirigé par un conservateur d’État qui veille au maintien et à la cohésion de ce témoignage précieux de l’interdisciplinarité souhaitée par le fondateur de l’Inguimbertine.
Du point de vue des bâtiments, des conditions de conservation et d’accueil du public, l’établissement connaît aujourd’hui un seuil de saturation critique en raison de l’ampleur des collections : 250 000 volumes, dont 100 000 anciens, 3 000 manuscrits, 16 000 dessins et estampes, 4 000 périodiques, 6 000 monnaies et médailles, 1 000 tableaux, 300 sculptures, 1 500 objets d’art et plusieurs milliers de pièces archéologiques. Pour remédier à cette situation, la municipalité a lancé un vaste projet de transfert des collections bibliographique et muséographique (à l’exception des arts décoratifs qui demeureront au musée Sobirats) dans l’ancien hôtel-Dieu de Carpentras en vue de leur redéploiement. À cette fin, une campagne de réhabilitation de ce superbe édifice du XVIIIe siècle (fondé également par monseigneur d’Inguimbert) est en cours sous la direction de Didier Repellin, architecte en chef des monuments historiques. Les objectifs du projet concernent à la fois les publics et les collections : gagner une audience plus nombreuse et plus variée ; permettre de nouveaux usages, proposer de nouveaux services, sur place ou à distance, en intégrant les nouvelles technologies ; offrir une documentation enrichie, diversifiée, en libre accès, répartie de manière thématique et non en fonction des supports ; enfin, mettre à la disposition du public le plus large l’exceptionnel patrimoine de la bibliothèque-musée, notamment à travers une muséographie liant l’écrit et l’image.
420
abonnés au marché