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Claude Kamdem

Claude Kamdem a sorti son premier album solo « La douleur des anges » en mars dernier et son groupe « L-Secta » a été choisi par IAM pour assurer la première partie de son concert.

 

Quelle est l’histoire de votre groupe L-Secta ?

Nous avons co-fondé le groupe en 97 avec mon ami Laurent Saphir. Jusqu’en 2000, il s’appelait « la Résistance ». Entre ces deux dates, deux événements majeurs nous ont marqués. Emmaüs nous a sollicités pour faire un concert à St-Ponchon ; avant, nous faisions de la musique pour nous amuser, plus pour le style et la forme que pour le fond : après ce concert les choses ont changé radicalement. J’ai repris mes textes pour qu’ils soient en phase avec mes convictions intimes. Puis, en 1999, nous avons été invités par Radio France Vaucluse à Avignon. Nous étions heureux que l’on nous sollicite hors de Carpentras malgré la réputation sulfureuse du rap. 

Selon vous, d’où vient cette réputation sulfureuse ?

Le message de base du hip-hop, tel qu’il est né il y a 30 ans, c’est « paix, unité et amour ». Les jeunes ont hérité du côté « bling-bling », « folklore », « clash bidon » aux antipodes du respect et de l’unité. Il faut trouver un équilibre entre le fond et la forme, sinon c’est du folklore. Il faut montrer qu’il y a des causes nobles à défendre au-delà des « guéguerres » entre groupes. Le rap est une grenade mais peut être aussi un bouquet de fleurs, L-Secta défend ce dernier aspect, même si ça ne nous empêche pas de nous casser la voix lorsqu’il le faut. J’espère que la nouvelle génération prendra conscience de ça pour épouser des causes qui honorent le rap. Des groupes comme IAM, MC Solaar, NAS, Public Ennemy, Kerry James, Queen Latifah, Ice-T, Assassin… ont redoré le blason du rap.

Pouvez-vous nous dire d’où vient le nom du groupe et votre surnom, « Fhe-Mann » ?

L-Secta signifie « la secte des vauriens » : c’est un pied de nez à ceux qui stigmatisent la jeunesse des banlieues. Fhe-Mann signifie « serviteur des opprimés » en pidjin, la langue des rues parlée au Cameroun. Quand on voit l’Europe de l’Est, l’Asie… et l’Afrique, où un enfant sur trois ne survit pas, le mot « opprimé », « damné », « oublié du système » n’est pas une extrapolation. Le rap est là pour rétablir la réalité, dire les choses avec sa propre émotion, on ne fait pas dans l’angélisme, on est dans le réel le plus cru et le plus brutal… Mais aussi dans le joyeux, quand on voit des gamins qui jouent, les fêtes de quartiers : ce sont des choses positives et concrètes ; chaque fois qu’on est dans le partage on est dans le réel.

Quels sont vos modèles ?

Mes modèles ne sont pas dans le rap, ce sont des personnes comme Nelson Mandela, Chirine Ebadi (1ère femme juge en Iran qui milite pour la défense des droits des femmes et des enfants, NDLR), Aung San Suu Kyi (leader de l'opposition birmane assignée
à résidence pendant des années, NDLR) ; je me sens concerné de près par son courage innommable. La chanson « Le cercle des femmes engagées » de mon premier album lui rend hommage. 

Et les artistes qui vous « nourrissent » ?

J’ai un faible pour Rimbaud, Baudelaire, Prévert. J’apprécie l’œuvre singulière du cinéaste africain Bassek ba Kobhio. En termes d’écriture, d’engagement et de plume, mes  influences sont Brel et Brassens. Les œuvres de ces artistes me parlent, me sidèrent, elles ont une dimension poétique qui apporte de la douceur.

D’où vous vient votre passion de l’écriture ? 

Ce qui m’a ouvert à l’écriture, c’est la frustration de n’avoir pas fait de longues études et la chance et le bonheur de traîner dans un milieu où les gens écoutaient les chanteurs à textes. J’ai grandi dans les rues de Douala jusqu’à quinze ans, ma rencontre avec mon premier entraîneur d’haltérophilie a été salutaire. C’était un poète dans l’âme, il m’a transmis la passion des beaux mots et de la langue française.

Passion que vous transmettez à votre tour ...

La MJC nous a ouvert ses portes en 2008 pour les ateliers « slam », qui seront reconduits à la rentrée. Ces ateliers sont ouverts à tout le monde, pas seulement aux jeunes des cités. Le plus jeune a dix ans, le plus âgé soixante-et-un an : toutes les générations sont fédérées autour de l’écriture. Le genre musical est secondaire, on peut mettre son texte « à la sauce » qui nous convient : rap mais aussi variété, slam ou R’n’B.

Vous pouvez vous procurer l’album « La douleur des anges » à la MJC

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