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Claudine Vigier

Récemment élue meilleure fromagère de France pour le trophée du « mois de l'origine et de la qualité », Claudine Vigier nous explique sa passion pour le fromage...

En quoi consiste votre métier ?

Mon métier consiste avant tout à trouver des fournisseurs d'exception, des petits producteurs et fermiers qui travaillent à la perfection et des affineurs sérieux qui ont leur métier bien en main. C'est grâce à cette chaîne humaine que l'on obtient de très beaux fromages. Mon but est de faire honneur à tous ces fromages, d'aller chercher des petits joyaux dans le monde entier et de les apporter à la table des gens pour les régaler. Puis chaque année je pars avec mon baluchon sur les alpages fabriquer du gruyère.

D'où vient cet amour pour le fromage ?

Tout commence par le premier contact avec le lait maternel, ensuite, le besoin ressenti de « cultiver » le lait tout au long de ma vie. Mes grands-parents paternels avaient un restaurant et des vaches. On fabriquait une petite tomme de pays qu'on laissait vieillir pour les clients du restaurant. C'était très joli de voir le temps faire son effet sur le lait, et je trouvais cela très romantique d'observer cette matière très douce prendre des saveurs extraordinaires.
Je passais également des vacances chez mes grands-parents maternels à Villes-sur-Auzon. Avec mon arrière-grand-mère, nous fabriquions des petits banons au mois de septembre pour les manger à Noël. Ensuite, j'ai fait des études commerciales, puis fréquenté l'école du lait pour apprendre à le transformer et j'ai parcouru la France entière pour connaître tous les horizons fromagers et les pâtes fromagères existantes.

Parlez-moi des concours auxquels vous avez participé.

Il y a eu le concours des plus beaux plateaux de France, pour lequel j'ai eu le deuxième prix. Puis, j'ai concouru pour les Cheese Awards : les meilleurs fromagers du monde, je suis arrivée cinquième. Le dernier en date est le concours de « l'origine et de la qualité », organisé par le Ministère de l'Agriculture et l'Institut National des Appellations d'Origine Contrôlée. Ce concours a lieu chaque année, mais c'est la première fois que notre métier de fromager est représenté. Il fallait mettre en valeur dans son magasin, auprès du public, presque toutes les Appellations d'Origine Protégée (AOP) européennes. Ce concours que j'ai gagné défend les valeurs de l'agriculture durable, du respect de la terre, de l'animal et de l'homme.

Quels sont vos projets pour l'année 2010 ?

Parallèlement à mon métier de fromagère, je vais parcourir l'Europe tout au long de l'année pour divers concours. En septembre je pars pour l'ambassade française du Japon pour « les apéritifs à la française ». En mars, je suis appelée aux États-Unis, dans une petite ville proche de New-York, pour un concours fromager fermier, en tant que membre du jury. Ce concours est très important car il montre qu'aux États-Unis aussi il y a une masse de personnes qui se soucient de l'élevage, de la fabrication et de la qualité des fromages et que les mentalités évoluent petit à petit.

Pourquoi ce désir de participer à ces concours, de parcourir le monde ?

Pour la défense du patrimoine fromager, pour qu'il dure et perdure. Pour que les gens l'aiment comme je l'aime. Je me suis engagée comme l'on entre dans les ordres : je suis un moine du fromage !

J'aimerais que les gens sachent que 95% de la population française se fournit dans les grandes surfaces et ignore toutes les merveilles qu'il y a autour. On a trop tendance à oublier tous ces fermiers et artisans qui travaillent dans l'ombre, parfois difficilement mais avec tant d'amour pour leur métier. Un métier pour lequel ils se vouent et parfois pour des revenus très modestes.

Mais ce sont eux qui possèdent la vraie richesse de la vie. Aujourd’hui nous nous intéressons à des choses superflues. Nous pensons n'avoir que des droits et nous oublions avoir aussi des devoirs.

Ces paysans ont un devoir envers leurs bêtes, envers la vie, envers la terre. C'est quelque chose qui se perd et c'est ce que je glorifie dans mon travail. C'est comme cela que je vois mon métier de fromager ; nous sommes au service de la terre, au service de la vraie beauté de la vie : faire avec peu quelque chose de magnifique.

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