

Architecte et scénographe de renom, François Seigneur, associé de Jean Nouvel dans les années 70, est actuellement professeur à l’école d’architecte de Rennes, et tient un rôle d’architecte conseil auprès de la Ville de Carpentras.
Mon parcours est atypique : Ecole Boulle, CAP d’ébéniste, Ecole nationale des Arts Décoratifs en architecture intérieure. J’apprends surtout à dessiner et à peindre. En 1969, je rentre chez l’architecte Claude Parent pour le dessin d’une enseigne de Supermarché. Je travaille avec Jean Nouvel avec qui je m’associe en 1971 pour monter notre agence, durant 4 ans. Puis, F. Goulet me confi e la conception d’une chaîne de fast food qui s’appelait CHICKEN SHOP. Nous en avons réalisé une dizaine à Paris, Lyon Bordeaux, Rennes... En 1989, l’agence Viguier-Jodry me confi e la conception du Pavillon de la France pour l’exposition Universelle de Séville. Après sa réalisation en 1993, l’Etat me nomme architecte. Avec ma compagne Sylvie de la Dure, nous montons une agence à Paris puis à Arles en 1996. Nous avons réalisé des grandes expositions (DESIGN au Grand Palais à Paris, LE SPORT à la Grande Halle de la Villette, HERMES à Hongkong et Pékin), construit des musées, des aménagements urbains, participé à des concours internationaux (le musée des Confl uences à Lyon, des projets d’urbanisme à Shanghai, à Los Angeles). Maintenant je suis Professeur à l’école d’architecture de Rennes.
Comme beaucoup de villes de moyenne importance, Carpentras a deux visages : un centre ancien très dense et bien architecturé, construit sur une vision du monde qui ne peut plus accueillir notre temps et ses valeurs (l’hyper consommation, l’individualisme, l’évolution démographique liée à l’immigration rurale, la voiture…) et, autour du centre qui se désemplit par manque d’accessibilités, des faubourgs plus grands que le bourg, qui s’éparpillent de façons opportunistes et qui ne correspondent qu’au développement compulsif de l’habitat individuel lié au règne du confort matériel surpassant celui du groupe et de la culture. Cet état universel est un casse-tête pour les urbanistes et les communes qui veulent recentrer leur territoire, économiser la terre et préserver l’avenir. La morphologie “enceinte et surélevée“ de Carpentras ne facilite pas forcément la communication du centre vers l’extérieur.
Le terme de “développement durable” reste à défi nir. Est-ce l’emploi de technologies économes? Le respect de la nature? La qualité architecturale ? La diminution des déplacements? La création participative? Si le concept de “développement durable” veut s’incarner dans autre chose que ce slogan, il doit indiscutablement s’appuyer sur les technologies qui économisent les ressources de notre planète, mais si nous ne corrigeons pas notre boulimie, ces technologies ne seront pas, elles non plus, durables. Reconstruire une collectivité équitable, économe et solidaire est une action indissociable à la création d’une durabilité conviviale. “Ouvrir“ l’enceinte sur Fenouil, relier la ville à l’Auzon, réorganiser l’espace piétonnier, re-densifi er intra-muros, réactiver la gare et créer des liaisons agréables va dans le sens d’une amélioration de l’urbanité. Agrandir une ville sans l’étendre est un projet innovant et moteur, à nous de le faire avec l’élégance architecturale, urbaine, sociale et paysagère.
Les villes, comme les hommes, souffrent d’hypertrophie, résultante de nos boulimies, de notre envie irrépressible de loisir liée à notre incapacité à inventer du travail valorisant et jouissif, de notre paresse innée, de notre peur de la solitude et notre rêve de profi ts. Phénomène en accélération, le problème est de savoir jusqu’où les villes pourront s’étendre. Los Angeles s’étire sur 200 km, Shanghai agglomère près de 40 millions d’habitants, Mexico s’étouffe dans la pollution, Le Caire croule sous les nouveaux arrivants et les campagnes se vident. Pour les villes de la taille de Carpentras, l’avenir est plus optimiste. L’architecture n’a pas encore exploré le mélange ville dense/campagne, “habitat actif“ ou “ferme verticale“ qui permettrait en ville de vivre de façon plus collective, plus participative, plus active. Ces formules prennent forme dans les écoles et chez les architectes innovants mais elles buttent sur la frilosité des élus qui ne veulent pas, de peur de ne pas être réélus, prendre de risques.
10 460
m3 d’eau économisés