
Le Capitaine Nicolas Aced, 38 ans, et le Caporal Chef David Angelras, 35 ans, de la caserne des sapeurs-pompiers de Carpentras, sont partis apporter leur aide à Sendai le lendemain du séisme et du tsunami qui ont ravagé une partie du Japon. Ces héros des temps modernes nous racontent leur expérience.
NA : Le séisme, suivi du tsunami, a eu lieu le 11 mars. a l’issue de cela, la France a proposé très rapidement une aide au Japon qui s’est concrétisée par un détachement français de 116 personnes, parmi lesquelles cinq Vauclusiens, dont trois avignonnais et nous deux pour la ville de Carpentras. nous avons été sollicités le 12 mars vers les 20h, et nous sommes partis de Carpentras à 22h.
DA : Tout s’est passé très rapidement. Je regardais en direct à la télévision les dégâts du tsunami, quand, à 20h30, on m’a téléphoné pour me demander si je souhaitais partir. Il fallait donner une réponse rapidement. Je n’ai pas réfléchi longtemps : je savais que je n’aurais peut-être pas l’occasion deux fois dans ma carrière de pompier de mener une mission d’une telle ampleur.
NA : Oui, une formation au sauvetage et déblaiement, que nous avons suivie. Carpentras est la caserne support pour cette spécialité. L’objectif premier dans ce type de mission est de sauver des personnes vivantes ensevelies, mais aussi de récupérer des corps, afin de les restituer aux familles des victimes pour qu’ils puissent faire leur deuil.
DA : Une fois arrivés à sendai, nous avons monté le camp pour deux nuits. C’était déjà impressionnant à la télévision mais je ne m’attendais pas à voir quelque chose d’aussi dur. Le plus frappant est que ça arrive subitement : vous roulez en bus, tout paraît naturel, et soudain, lorsque vous arrivez à quatre kilomètres des côtes, vous voyez des débris, et puis plus rien… Que des fondations, des amas de maisons, des voitures et des bateaux retournés… Je suis parti dans l’espoir de retrouver des victimes vivantes, de sauver des vies, mais lorsque nous sommes arrivés sur la zone qui nous avait été attribuée, je me suis rendu compte que la tâche allait être très difficile. La vague avait atteint les 14 mètres de haut, il ne restait donc rien. La veille, un secouriste japonais avait trouvé deux personnes vivantes, nous avions donc un petit espoir. Mais malheureusement, nous n’avons retrouvé que des cadavres. se sont ajoutées à cela les conditions sanitaires et climatiques qui ont été très rudes également.
NA : sur les 116 personnes qui sont parties, la majorité était des sauveteurs-déblayeurs, mais il y avait malgré tout quelques personnes spécialisées dans le risque radioactif pour assurer la sécurité du groupe. notre chef de détachement a toujours été transparent avec nous. Les valeurs radioactives nous étaient communiquées en direct. nous n’avons pas été exposé à des taux élevés de radioactivité.
DA : nous nous sommes tout de même posé beaucoup de questions, il y avait un décalage entre ce qu’entendaient nos familles à la télévision et ce que nous vivions sur place : un décalage entre les informations des experts en radioactivité et celles des médias français. Les journalistes ont peut-être généralisé les taux d’un point à toute une zone géographique.
DA : À cause du vent, nous avons eu ordre de lever le camp vers les 23h. nous sommes partis à nisawa, à 350 km au nord de sendai, dans une base américaine. Là-bas, nous avons effectué des missions d’aide à la population et de déblaiement. Ce que les habitants japonais étaient en train de faire depuis trois jours, nous avons pu le terminer en quelques heures. Cependant, le peuple japonais est très fier : nous n’avons jamais vu des personnes s’accrocher à nous ou se lamenter sur leur sort. nous sommes ensuite retourné à Tokyo, puis nous avons fait une mission à Ibaraki, car la région avait besoin de sacs de couchage et de couvertures. nous avons été mis à contribution pour décharger, conditionner et stocker ce matériel. Je suis rentré le 29 mars et le Capitaine aced le 2 avril. Malgré tout ce malheur, cette expérience a été très enrichissante sur le plan professionnel mais aussi sur le plan personnel. Lorsque l’on voit ce qui peut arriver, cela fait réfléchir…
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