

Enseignant à la retraite, Roger Colozzi écrit pour préserver la mémoire du Patrimoine de Carpentras.
Non, je ne suis pas un Carpentrassien « pur sucre » même si je me considère comme tel. Je suis né en Algérie, que j’ai quitté à cinq ans, et j’ai passé mon enfance et mon adolescence au Maroc. Je suis arrivé à Carpentras à 17 ans.
J’ai eu un coup de cœur pour cette ville. J’ai fini mes études et enseigné pendant vingt ans en tant que professeur de lettres modernes au lycée Jean-Henri Fabre.
Je n’en suis jamais sorti ! J’ai été élève, surveillant… Je ne pouvais qu’être
enseignant après. Enfant, ma plus jeune fille, me voyant partir le matin avec mon
cartable me disait : « Tu vas encore à l’école, Papa ? ». J’aurais bien aimé être commandant dans la marine ou officier des bases à Salon-de-Provence ; un rêve d’enfant.
Pas vraiment, mais à défaut, j’y ai mis tout mon cœur et ma conscience. Il faut apprendre aux jeunes à apprendre, et non pas leur remplir la tête. Dans notre société, on a un rôle très important à jouer.
Mes plus gros efforts vers la fin de ma carrière étaient de tirer les élèves vers la lecture : je crois beaucoup en ses vertus. Si je leur en avais donné le goût, ils étaient « sauvés ». Il faut voir ce film culte, Fahrenheit 451 (de François Truffaut, d’après un roman de Ray Bradbury NDLR), où les personnages apprennent chacun un livre par cœur. À l’inverse, dans 1984 (George Orwell NDLR), on est dans une société uniformisée, tout le monde lit la même chose. L’Homme doit avoir la liberté d’accéder aux vérités.
Je suis rentré dans sa vie et son œuvre et je n’en suis plus sorti. Je l’ai découvert grâce à Albert Camus, mon maître à penser, qui le cite à propos de La Douleur et j’ai fait le rapprochement avec une avenue de Carpentras. Comme moi, il a vécu jeune et a fait ses études secondaires au vieux collège de Carpentras.
Je ne me considère pas comme un écrivain, lequel vit de sa plume. J’ai fait une brochure sur la fontaine de l’Ange « pour le fun », pour continuer à faire savoir aux autres, en tant que professeur
passionné par l’histoire de Carpentras. J’écris aussi pour les Carnets du Ventoux, dont je suis le codirecteur depuis dix ans. On m’avait proposé d’écrire un article sur le sauvetage du théâtre de Carpentras car j’avais pris en grippe le projet de le sacrifier. J’ai écrit pour sauver sa mémoire.
Je me considère comme un auteur d’articles et d’essais ; je me suis investi dans la réhabilitation même si ça n’a pas toujours réussi.
Il y a des priorités, comme les immenses richesses de l’Inguimbertine.
Des chercheurs du monde entier y viennent pour les manuscrits.
C’est un patrimoine fabuleux qu’il faut faire connaître. Je souscris à ce projet qui est la sauvegarde de ces milliers de livres dans un écrin moins exigu.
Je prépare une ou deux études sur l’histoire des différents cimetières de Carpentras, leurs emplacements successifs et tribulations, car il n’y a rien qui en témoigne. Je me passionne pour l’histoire de la ville que j’habite et m’efforce de la transmettre.
Je veux être un passeur.
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