Portrait : Sylvie Thomas

Information générale

Sylvie Thomas, plus connue sous le nom de " Famounette " (son ancien pseudo de cibiste) nous a accordé un entretien téléphonique sur une aire d'autoroute au nord de Bordeaux. Présentations.

Cette routière, que l'on peut croiser à Carpentras le week-end, est un personnage haut en couleur qui s'est illustré dans la lutte qu'elle a menée en 2017 pour faire respecter par les sociétés d'autoroutes l'arrêté du 8 août 2016 fixant la gratuité d'accès aux sanitaires pour les routiers. " Je ne suis pas une militante, c'est juste une question de justice. " Elle n'a rien lâché et a eu gain de cause pour le bien-être de tous ses coreligionnaires sur presque toutes les aires, même si celles du nord de la France ont encore des efforts à faire.

À bord de " Pépère " son camion, elle sillonne les routes de France et d'Europe. Accompagnée de sa plante grasse et du doudou que ses enfants lui ont confectionné, elle parcourt près de 120000 km par an : 3 fois le tour de la terre en écoutant RTL ; le rythme de la grille des programmes correspond toujours au mode de vie des routiers. Souvenez-vous l'émission : " les routiers sont sympas ".

Carpentras, elle aime pouvoir y flâner, surtout la place de la mairie et les allées Jean-Jaurès le dimanche matin sur le marché aux puces. Une ville ensoleillée qui lui va bien après le climat brumeux de sa Saône-et- Loire adoptive (rires). À 16 ans, lorsque Sylvie a des velléités de passer le permis poids-lourds, elle obtient une fin de non-recevoir maternelle. Qu'à cela ne tienne, 23 ans plus tard, après une vie professionnelle riche d'expériences, le " démon " du camion la reprend, elle passe le permis et réalise son rêve de gamine. Sa préférence : les camions Mercedes, " très bien conçus pour les filles qui ont plein de trucs à emporter, l'habitacle c'est essentiel ! ".

Ce qui la chagrine un peu aujourd'hui : " Le système économique en flux tendu, et ça c'est moche. On te dit : tu charges à Dunkerque ce soir pour décharger demain matin à Marseille. On ne tient plus compte des aléas de circulation, Paris saturé, Lyon surchargé... il y a moins d'humanité que ce qu'on a connu ". La crise sanitaire a apporté son lot de déconvenues. Des stations services fermées, pas de douches, pas de toilettes. Ce furent des mois très compliqués. Ce qui l'attriste le plus, c'est l'irrespect dont les routiers sont l'objet. " Les gens s'imaginent qu'on est des obstacles, des empêcheurs de tourner en rond alors que 99% de ce qu'ils ont, que ce soit des objets, des meubles, de l'alimentation, des produits d'hygiène, etc. est passé dans un camion. On est quand même pour quelque chose dans leur bien-être ! "

Cela étant, rien n'entame sa bonne humeur légendaire. Elle se souvient encore de son premier " voyage ". Permis en poche depuis 15 jours elle part pour une livraison en Allemagne sans connaître un mot de la langue de Gœthe. À un poste de douane, elle dit bonjour, ne comprend pas la réponse aux sonorités gutturales ce qui lui déclenche un irrépressible fou rire d'un quart d'heure. " Ça manquait de solennité, mais que c'était drôle. "

La marchandise la plus folle transportée fut un chargement de voitures Caterham. " Vu le prix d'un exemplaire, j'étais dans mes petits souliers ! ". Quant à la plus sympa, c'était le décor de la tournée des Vieilles Canailles pour Jacques Dutronc, Eddy Mitchell et Johnny Hallyday.