Une restauration des plus minutieuses

Information générale - Inguimbertine

La tradition des crèches, caractéristique de la Provence, sera évoquée dans l'exposition permanente de l'Inguimbertine à l'hôtel- Dieu. Deux œuvres assez originales, qui nécessitaient une restauration des plus minutieuses, seront présentées.

Tout d'abord un peu d'histoire

Aux XVIIe et XVIIIe siècles se développent les actes de dévotion domestique. Les reliquaires, Santi Belli (figurines de saints sous cloche de verre) et les crèches meublent ou décorent dorénavant les intérieurs privés.

La première crèche reçue en don a été réalisée en 1818 par le sieur Larions Claimens Antoine Gros et bénie par Mr Tournel aumônier de la chapelle des Pénitents gris d'Avignon. La deuxième, don du couvent des Carmélites de Carpentras, date du 18e ou du tout début du 19e siècle. Les Carmélites se spécialisent dans la confection de ces objets de dévotion et développent un savoir-faire dans le domaine des paperolles (frisures de papier), canivets (images pieuses), santons en cire et compositions dans des boîtes vitrées. À l'occasion du départ des Carmélites de Carpentras en 2009, les sœurs ont donné à la Ville des crèches des XVIII et XIXe siècles ainsi que la maquette du Carmel de Jérusalem (fondé en 1873 par des Carmélites de Carpentras), afin de maintenir le souvenir de presque trois siècles de présence.

Avant la restauration....

Le travail minutieux des créateurs de ces scènes religieuses a pris du plomb dans l'aile avec le temps. Certains personnages, réalisés en mie de pain, ont notamment été attaqués par les insectes. L'Inguimbertine décide alors de restaurer ces deux œuvres. Un appel d'offre est lancé. C'est la réponse technique de Claire Letang (restauratrice art graphique) et Émilie Masse (restauratrice sculpture et ethnographie) qui remporte les suffrages. Elles ont pris le temps de consulter des restaurateurs ayant déjà travaillé sur ce genre d'œuvres et proposent une étape de documentation afin de se renseigner davantage en amont de la phase d'action.

Avant de venir à l'Inguimbertine, elles rassemblent le matériel nécessaire comme des pinces minuscules pour déplacer les éléments ou des épingles d'entomologiste pour relier et servir d'armature aux membres des personnages. Plus étonnant, elles s'équipent aussi de colle d'esturgeons en spray à 1%, fabriquée à partir de vessie natatoire de l'esturgeon. Cette dernière est principalement reconnue pour son élasticité et ses excellentes propriétés adhésives. De nos jours utilisée comme agent de consolidation en restauration, elle servait auparavant de liant en enluminure ou comme adhésif pour la reliure.

Dans le vif du sujet

Sur place, nos restauratrices utilisent une méthode qui s'apparente à celle des archéologues, le calepinage. Il s'agit d'enlever chaque élément " en danger " ou qui gêne (pour restaurer un autre élément) en partant d'un étage puis l'autre et de gauche à droite. Chaque élément enlevé est ensuite étiqueté et on identifie son emplacement pour pouvoir le remettre au bon endroit ensuite.

En restauration le principe fondamental est de réaliser une intervention minimale comprenant la stabilisation des processus de dégradation, l'amélioration de la lisibilité et la prévention des risques futurs. Il faut aussi faire en sorte que la restauration soit identifiable. Pour nos crèches, un spécialiste doit pouvoir dire quels sont les éléments retouchés... C'est là toute la difficulté, et nos restauratrices, passées par l'École du Louvre ou encore l'Institut National du Patrimoine, ont le savoir-faire adapté