Portrait du Prévôt des Compagnons du Devoir et du Tour de France

Joseph Winaud-Tumbach, 27 ans, est Prévôt du CFA et des maisons des Compagnons du Devoir et du Tour de France de Carpentras, Salon-de-Provence et Vitrolles

Quand et comment avez-vous découvert le compagnonnage ?

J'avais quinze ans et à côté de chez moi, dans la Drôme, il y a une belle entreprise de taille de pierre : l'Atelier du grain d'orge. J'y ai fait un stage d'une semaine. Ça me plaisait, il y a beaucoup de dessin et il faut énormément de patience. Le patron, m'a dit : " si ça t'intéresse, tente les Compagnons ". J'ai fait mes deux ans pour obtenir mon CAP. Puis j'ai entamé mon tour de France, étape indispensable pour devenir Compagnon. Il a duré 7 ans, c'est dire si j'aimais ça. En général il dure entre 4 et 5 années. Je suis passé par les maisons de Rodez, Poitiers, Pantin, la fondation Coubertin, Cholet. Je suis même allé en Australie, à Sydney. Quitte à partir loin, autant que ce soit le plus loin possible !

Comment se déroule le cursus ?

Après mon CAP, j'ai présenté mon " projet ". C'est-à-dire que j'ai exprimé le souhait d'adhérer aux valeurs des Compagnons pour qu'ils m'acceptent dans leur communauté. C'était à Rodez. Pour nous, les tailleurs de pierre, on reste un an par maison. Ça permet d'être proche de l'entreprise où l'on fait son apprentissage. On y est logé et nourri contre une part de notre salaire. On travaille toute la semaine en entreprise. À 19h on passe à table pour ensuite suivre des cours de 20h à 22h. Le samedi on a également des cours théoriques et/ou pratiques. Tout cela est très cadré, favorise les rencontres et développe les savoir-faire. Après mon tour de France, comme tout bon compagnon qui se respecte, j'ai présenté mon " projet de réception ", ou chef-d'œuvre si vous préférez, qui a été validé par mes pairs.

Pourquoi Prévôt à Carpentras ?

Lorsqu'on est compagnon, on a des années dites de " devoir ". On rend ce que l'on a reçu. On peut être formateur, compagnon itinérant ou Prévôt. Lors de mon tour de France, je me suis interrogé sur ce que cela impliquait d'être prévôt. Pour m'en rendre compte, je le suis devenu. Ça dure 3 ans. 4 maximum. Je dois m'assurer de la bonne marche de la maison. J'encadre les apprenants, leur inculque les valeurs et leurs responsabilités au sein de la communauté. Je suis en relation et je noue des liens avec les institutions et entreprises. J'accompagne et trouve des places pour l'ensemble des jeunes qui nous rejoignent. J'assure le suivi administratif de la maison, des jeunes, des projets, des formations, etc., sans oublier l'entretien du bâti. Je dois développer le compagnonnage dans le Vaucluse. Je gère les maisons de Vitrolles, de Salon-de-Provence et donc de Carpentras. Cela représente 15 salariés, 60 jeunes résidant à Carpentras, 115 avec Vitrolles et Salon à l'année, et des apprenants en formation professionnelle, ça peut être 100 personnes en plus à la semaine. Je suis épaulé par les maîtresses de maison, les " rôleurs ", seconds du prévôt qui endossent ses responsabilités en son absence.

Ces deux cannes sur l'étagère, que signifient-elles ?

Celle au pommeau blanc, apanage des tailleurs de pierre, c'est la mienne. L'autre est celle du rôleur.

Et après ?

Je compte ouvrir mon entreprise. La taille de la pierre, sans doute.